Et si j’Ă©tais comme elle?

maltraitance

Pour vous donner le contexte, je commence Ă  Ă©crire cet article alors qu’on est le dimanche 10 mai 2020, jour de la fĂȘte des mĂšres en Belgique. C’est un article trĂšs personnel mais je ressens le besoin de l’Ă©crire. Je m’apprĂȘte Ă  partager avec vous un cĂŽtĂ© trĂšs sombre de ma vie. On ne se connaĂźt pas, et c’est peut-ĂȘtre ça qui m’aide Ă  en parler plus librement. Puis si celĂ  se trouve, je ne le publierais pas. On verra!

Un jour pas comme les autres

Je n’ai jamais aimĂ© la fĂȘte des mĂšres. Ni la fĂȘte des pĂšres d’ailleurs.
Je n’ai jamais eu de pĂšre en fait. Je n’ai jamais eu de mĂšre non plus.

Alors en ce jour de fĂȘte des mĂšres, ça a Ă©tĂ© difficile. D’habitude, je peux faire comme si c’Ă©tait un dimanche comme les autres. Mais cette fois-ci, en plein confinement, je ne peux pas passer Ă  cĂŽtĂ©.

Je me suis rĂ©veillĂ©e, j’ai ouvert Instagram. Et j’ai ressenti un Ă©lan de « un jour, moi aussi je serais maman et ça sera ma fĂȘte ». Un petit peu de jalousie peut-ĂȘtre pour moi qui suis en essais bĂ©bĂ©.

Et puis, au fil de la journĂ©e, seule avec mes pensĂ©es (l’Homme Ă©tait absent), je voyais fĂȘte des mĂšres partout! Jamais une fĂȘte des mĂšres n’aura fait autant d’Ă©cho que cette annĂ©e je pense. Et je pensais Ă  tous ces gens qui allaient voir leur maman pour les glorifier. Et je pense Ă  moi. seule. Sans famille, sans maman. Qu’est-ce qui avait fait que j’en Ă©tais arrivĂ© lĂ ? ArrivĂ©e au point de vouloir que ça finisse, ou plutĂŽt que sa vie finisse. Comment j’avais fait pour devoir m’isoler de ma propre famille.

5 ans…

Dans mon article Moi? Maman? Jamais!, je vous Ă©crivais que je ne voulais pas d’enfants. Cette envie est arrivĂ©e trĂšs tard, il y a quelques mois. Certes l’horloge biologique a jouĂ© son rĂŽle. Mais pas seulement.

CelĂ  va faire 5 ans que je me suis distancĂ©e de ma mĂšre, que je suis sorti de son emprise. Avec le temps, je pensais l’avoir oubliĂ©. Il n’existait donc plus cet obstacle de me dire que je ne peux donner la vie Ă  un petit ĂȘtre si c’est pour lui offrir la vie que j’ai reçue, parce que les chats ne font pas des chiens, que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre… que j’ai ses gĂȘnes (les meilleurs mais Ă©galement les pires).

AprĂšs 5 ans, j’avais oubliĂ© qui elle est. Pas tout Ă  fait ce qu’elle m’a fait, parce que c’est le genre de chose qu’on n’oublie pas (et qui vienne encore hanter certaines de mes nuits quand je suis dĂ©primĂ©e) mais je prenais du recul.

Mon histoire

Ma naissance et mon enfance

Ma mĂšre m’a eu Ă  22 ans. Je suis un bĂ©bĂ© conçu pour garder mon pĂšre. Ce qui n’a pas fonctionnĂ© vu qu’il s’est barrĂ© aprĂšs 2 ans. Depuis, j’ai enchainĂ© les beaux pĂšres. TantĂŽt violent, tantĂŽt raciste, tantĂŽt jemenfoutiste.

Un petit frĂšre s’est invitĂ© quand j’avais 7 ans. Je n’ai pas beaucoup de souvenir de la pĂ©riode avant son arrivĂ©e (je sais que j’Ă©tais une gamine calme mais jamais assez bien pour elle et aussi que j’ai refusĂ© de parler pendant 6 mois). Par contre, j’ai de trĂšs mauvais souvenirs de la pĂ©riode qui a suivi son arrivĂ©e.

Depuis que mon frĂšre est entrĂ© dans ma vie, j’ai remarquĂ© les injustices, les traitements diffĂ©rents. On ne voulait pas de moi. On ne voulait pas que je sois lĂ . Quoi que je fasse, ou que je sois, ce n’Ă©tait pas bon. Et on me le faisait comprendre Ă  coup de coup, Ă  coup de laisse, Ă  coup de tuyau d’aspirateur, Ă  coup de pied, Ă  coup d’insultes.

Alors je me suis enfermĂ©e encore plus sur moi-mĂȘme. Le seul endroit oĂč je me sentais plus ou moins en sĂ©curitĂ© Ă©tait ma chambre. Je suis devenue une enfant trĂšs solitaire et avec zĂ©ro confiance en soi! Du coup, Ă  l’Ă©cole ce n’Ă©tait pas la joie. DĂ©jĂ  que j’Ă©tais fille de femme de mĂ©nage, que j’avais pas de pĂšre… dans une Ă©cole Ă©litiste avec des fils et filles de banquiers ou autres « gens bien » (ou gens « mieux » en tout cas), alors la timiditĂ© que j’ai dĂ©veloppĂ©e et la coquille que je portais pour me protĂ©ger n’ont pas vraiment aidĂ©!

L’important pour moi Ă©tait de ne pas ĂȘtre Ă  la maison, de ne pas avoir de chance de l’agacer au point de me faire rĂ©primander, de ne pas respirer Ă  cĂŽtĂ© d’elle sous peine de l’Ă©nerver. Et aussi, que personne ne sache ce qui se passe Ă  la maison. Parce qu’il paraĂźt que c’est pire ailleurs. Que ça, ici, c’est la normalitĂ©. Et que je mĂ©rite tout ce qui arrive. Donc si on l’apprend, on m’aimera encore moins.

L’Ă©cole Ă©tait donc un semblant de refuge oĂč les moqueries n’Ă©taient pas grand chose par rapport Ă  la situation Ă  la maison. Donc je m’en accommodais!.

L’adolescence

Quand les coups se sont arrĂȘtĂ©s, les insultes ont commencĂ©. Bienvenue dans l’adolescence. D’un cĂŽtĂ©, je pouvais mettre des dĂ©colletĂ©s parce que j’avais pas de seins (mĂȘme ça je ne l’avais pas pris d’elle), que personne ne voudrait de moi tellement je suis maigre, moche et surtout bonne Ă  rien. De l’autre cĂŽtĂ©, je ne suis qu’une allumeuse, une pute! Je vais tomber enceinte Ă  l’adolescence Ă  force de sortir en mini jupe et je verrais ce que c’est d’avoir un enfant qui nous gĂąche notre vie.

Ma grand-mĂšre a Ă©tĂ© d’un grand support. MĂȘme si elle ne savait pas exactement ce qui se passait Ă  la maison, elle sentait qu’il fallait que je m’en aille. Elle m’a dĂšs lors donnĂ© le meilleur conseil qui soit: Termines l’Ă©cole, fais des Ă©tudes, barre-toi loin.

Bruxelles ma belle!

J’ai donc suivi son conseil, tout en restant une bonne fille. Comme si je m’imaginais que la situation allait se rĂšgler. Comme si j’espĂ©rais qu’elle se rĂ©veille un jour en se disant « tout compte fait je l’aime bien » et qu’elle me demande pardon, qu’on s’enlace et que j’ai enfin une vraie maman, comme les autres, une personne qui m’aime, une famille. Quand j’y pense, elle n’avait peut-ĂȘtre pas tort, je suis conne!

Je suis montĂ© dans la capitale (depuis ma Lorraine belge) et j’ai fait mes Ă©tudes. 5 ans! J’ai travaillĂ© tous mes weekends et temps libres (vacances et jours fĂ©riĂ©s compris) pour payer mes Ă©tudes, pendant qu’elle empochait l’argent des diffĂ©rentes bourses d’Ă©tudes auxquelles j’avais droit. Elle me rĂ©pĂ©tait « Si tu rates, je te paye plus tes Ă©tudes »! Ca a Ă©tĂ© la menace durant toutes ces annĂ©es! Mais en fait, quand j’y pense maintenant, je payais trĂšs bien tout toute seule. Je n’avais dĂ©jĂ  plus besoin d’elle Ă  ce moment-lĂ !

J’ai terminĂ© mes Ă©tudes, aprĂšs avoir entrepris un stage Ă  l’Ă©tranger pour valider mon anglais et je suis rentrĂ©e Ă  la maison… deux jours! Maintenant que je n’Ă©tais plus scolarisĂ©e, j’Ă©tais invitĂ©e (pour dire gentillement qu’en fait elle m’a foutu Ă  la porte) Ă  quitter les lieux. Heureusement, les parents de mon copain de l’Ă©poque m’ont accueilli. Malheureusement, j’ai continuĂ© Ă  garder contact avec elle (imaginez, si je le regrette aprĂšs).

Vie active et prise de conscience

J’ai commencĂ© Ă  travailler sur Bruxelles, et j’allais quand mĂȘme la voir tout les deux mois. Et tout les deux mois, j’en apprenais des choses: J’ai rĂ©ussi mes Ă©tudes parce que je couchais avec les profs, si j’ai trouvĂ© un boulot, c’est grĂące Ă  elle (parce qu’elle m’avait foutu Ă  la porte, sinon je serais une « Tanguy », si elle me battait, c’est parce que je n’avais pas de pĂšre!

C’est la goutte qui a fait dĂ©border le vase. C’est lĂ  que je me suis rendu compte que ce n’Ă©tait pas normal. Vraiment. A l’aube de mes 30 ans, j’ai compris! Et j’ai pris la meilleure dĂ©cision de toute ma vie: j’ai coupĂ© les ponts avec elle.

Alors qu’est-ce qu’il se passe?

MĂȘme si je n’ose pas me l’avouer, la douce rĂȘveuse que je suis garde espoir. Et mĂȘme si la fille bien terre Ă  terre que je suis devenue depuis le sait, qu’il ne va rien se passer, certains moments, la rĂȘveuse dĂ©sillusionnĂ©e prend le dessus.

J’ai absolument tout pour ĂȘtre heureuse et je peux ĂȘtre fiĂšre de ce que j’ai accompli. Je ne dois rien Ă  personne. Je me suis construite seule. J’ai testĂ©, j’ai appris, je me suis protĂ©gĂ©e et depuis quelques annĂ©es (grĂące Ă  l’Homme) je me dĂ©couvre et me dĂ©voile.

Et pourtant, des jours comme celui-ci, je plonge tĂȘte la premiĂšre dans mes vieux dĂ©mons. ,Je redeviens cette petite fille apeurĂ©e. Je fais 20 pas en arriĂšre.

Depuis qu’on est entrĂ© en essai bĂ©bĂ©, j’ai dĂ©cidĂ© de suivre une thĂ©rapie. Afin d’avoir des bases saines pour accueillir ce futur mini-nous. Mais depuis, confinement et agenda surchargĂ© (de la thĂ©rapeute) obligĂ©, j’ai eu qu’une sĂ©ance. La deuxiĂšme a Ă©tĂ© annulĂ©e. Et je sais que c’est pas deux sĂ©ances qui vont comme par magie me « soigner ». Mais ça m’a perturbĂ©. Je sens que j’ai besoin de cette thĂ©rapie pour avancer dans ma vie.

Alors la fĂȘte des mĂšres est arrivĂ©. Comme je vous le disais, d’habitude elle passe inaperçue. Mais cette annĂ©e ce n’est pas pareil. Il y a le confinement qui me met dans un Ă©tat d’isolation et le fait d’ĂȘtre en essai bĂ©bĂ© qui me fait rĂ©flĂ©chir Ă  tout ça. Cette situation.

Et la peur me ronge! Et si j’Ă©tais comme elle?

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4 commentaires pour “Et si j’Ă©tais comme elle?

  1. Quelle histoire, une bien trop triste histoire qu’aucun enfant ne devrait vivre mais que tellement vivent finalement 🙁
    Ne doute pas de toi, tu seras une trĂšs bonne mĂšre, ça se sent dans tes Ă©crits et rien que le fait d’avoir peur de mal agir est une preuve que tu as conscience de ce qui ne se fait pas et que tu ne le feras pas.

  2. J’ai eu des frissons tout le long de l’article. C’est superbement Ă©crit et ça fait tellement de bien de sortir tout ça. On ne se rend pas compte de l’impacte que tout ca peut avoir sur nous en tant qu’adulte donc tu as bien fait pour la thĂ©rapie.
    Je pense Ă  en faire une depuis un bon moment. Pas pour les mĂȘmes raisons mais en lien aussi avec ma maman. C’est important. Je me rend compte que j’ai des rĂ©actions avec mes enfants qui me viennent tout droit d’elle.

    Avant j’avais ce truc de me dire « on a qu’une mĂšre. Il faut l’aimer, il faut lui pardonner » puis j’ai connu le pĂšre de mes enfants qui a vĂ©cu Ă  peu prĂšs ton histoire, je l’ai poussĂ© Ă  lui pardonner, Ă  la voir, parce que j’avais pas la chance moi de l’avoir. Puis je me suis rendue compte que c’Ă©tait une erreur, aujourdhui il a coupĂ© les ponts et c’est vraiment mieux pour les enfants.

    1. Coucou miss,

      Merci pour ton petit message! Ca me réchauffe le coeur!
      Une thérapie ne peut jamais faire de mal. Au pire, il se passe rien! Au mieux, ca débloque des situations!
      On apprend tout petit qu’il faut pardonner, qu’on pourrait avoir des regrets, mais ceci est pour moi clairement culturel (Ă©ducation) et je pense que ton ex a trĂšs bien fait! Pour se protĂ©ger lui d’une part, mais aussi votre famille!

      Bisous!

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